Table ronde · Tenir bon et préparer l'après : conseils d'entrepreneurs, banquiers et experts face à la crise

Table ronde · Tenir bon et préparer l'après : conseils d'entrepreneurs, banquiers et experts face à la crise

Nous avons organisé une table ronde pour donner la parole aux banquiers et entrepreneurs pour avoir leur retours sur la situation en court : comment la gèrent-ils ? Quelles solutions ont-ils mis en place ? Quel est le point de vue des banquiers, essentiels dans la crise ?

 

 

Nos intervenants en bref : 

  • Emmanuel (Le Perchoir), fondateur du Perchoir, a partagé sa gestion de la crise : besoin en financement, chômage partiel dans ce contexte changeant et incertain
  • Isabelle (Accrelec), entrepreneure dans le BTP, partage son expérience d'équipe très solidaire et qui trouve l'énergie pour construire bénévolement un centre Covid
  • Jean (Oxygène), partage une perspective historique intéressante sur la crise actuelle, et des exemples concrets de ses clients qui réinventent leur business model du jour au lendemain
  • Guillaume (Société Générale), conseiller bancaire auprès d’entreprises innovantes en croissance, parle du PGE et donne ses conseils pour que les entrepreneurs négocient au mieux leur demande de prêt

 

Vous pouvez trouver le replay de ce webinar ici.

 

Guillaume : dialoguer pour se faire aider, rester raisonnable et penser à la sortie de crise

 

Guillaume, au contact quotidien de ses clients, insiste sur son soutien aux entrepreneurs face à cette situation délicate. Plusieurs mesures sont à envisager :

  • le report quasi automatique, bien que plus ou moins rapide, des échéances des emprunts bancaires
  • le prêt garanti par l’État (PGE) : crédit mixte, avec un amortissement différé sur 1 an,à amortir entre 1 à 5 ans ensuite (choix à faire au bout de 10 mois). 

 

Pour la 1ère année, les taux seront de 0,25% uniquement. 

 

Guillaume demande de réellement faire attention aux effets d’aubaine : le PGE est à utiliser uniquement pour faire face aux conséquences du coronavirus sur l’activité. C’est la raison pour laquelle les banquiers comme lui se doivent de faire la part des choses et de bien être vigilants à ce que les entreprises soient en mesure de rembourser ces emprunts. 

Pour ce faire, ils peuvent demander à étudier les bilans 2019 et le prévisionnel des périodes à venir : le but est d’analyser la situation et de réussir à chiffrer l’impact du Covid sur la trésorerie. Le banquier veut aider les entreprises à passer le cap mais tout en mesurant le risque de son côté. La discussion doit donc avoir lieu entre l’entrepreneur et les différentes banques partenaires. Il faut que l’entrepreneur soit raisonnable dans sa demande mais que les banques prennent en compte le besoin de l’entrepreneur qui doit passer le cap et se relancer. 

Pour faire face à la situation, il ne faut pas submerger les banques mais faire une demande bien réfléchie, bien mesurée en fonction du besoin surtout si l’entreprise a une trésorerie suffisante, cela lui laisse le temps de bien prévoir les choses.

Les autres crédits de trésorerie : Guillaume nous partage le fait qu’il voit des comportements vertueux comme celui d’entreprises moins impactées par la crise qui continuent d’aller chercher des financements pour investir et se développer mais sans faire appel au PGE. 

 

Conclusion : Être créatif pourra permettre de sortir du positif de la crise.

 

Isabelle : continuer son activité sur la base du volontarisme et mettre son expertise au service de la crise sanitaire

 

Isabelle, gère une entreprise dans le BTP et a continué à travailler durant la première semaine de confinement sur des chantiers vides : sans co-activité ou particuliers présents. En revanche, les difficultés d’approvisionnement sont vite arrivées car les fournisseurs ont stoppé leur activité, sans réellement prévenir. La préfecture a conseillé l’arrêt des chantiers non urgents dès la 2ème semaine et les maîtres d’oeuvre ont annoncé la fermeture de leurs chantiers. 

Ayant repris très récemment l’entreprise, Isabelle a alors demandé à ses salariés s’ils étaient volontaires pour travailler, ce qu’ils ont accepté pour la grande majorité. Après avoir également accepté de poser leur congés, le temps d’organiser l’activité, les salariés reprennent le travail sur les 20 à 30% des chantiers vides sur lesquels l’activité peut continuer. Les salariés ne souhaitant pas reprendre le travail ont été mis en chômage partiel total. Pour ceux qui souhaitent travailler, ils seront à mi-temps au chômage partiel. 

En plus de cette démarche, l’entreprise d’Isabelle travaille gratuitement sur un chantier pour réhabiliter un bâtiment industriel en centre Covid.

 

Pour renforcer sa trésorerie, Isabelle a pris différentes mesures :

  • report des échéances bancaires
  • report des charges sociales prévue pour les mois à venir
  • campagne de recouvrement en appelant tous ses clients et en établissant un dialogue en fonction des différentes situations pour trouver des compromis satisfaisants (paiements en plusieurs fois…)
  • demande d’emprunt (PGE) : Isabelle veut rembourser dans un an et ne veut pas faire un emprunt trop important car il faudra le rembourser. On parle uniquement d’un coup de pouce uniquement pour faire face.

 

Emmanuel : hivernage forcé, chômage partiel et incertitudes des prévisions

Fondateur du Perchoir, un ensemble de rooftops, Emmanuel a désormais un chiffre d’affaire nul à l’exception de reliquats de factures d’événements.

 

Emmanuel a alors été contraint de mettre ses salariés en chômage partiel et son établissement en hivernage. Une de ses préoccupations a concerné les paies qui étaient très difficiles à établir car les règles sur le chômage partiel pour les 39h ont été changeantes. Il a alors envoyé un salaire sur la base d’une estimation pour que les salariés puissent payer leurs charges et établira les fiches de paie en fonction de l’éclaircissement des mesures. (Note : désormais pour les régime d’équivalence, l’indemnisation se fait sur le nombre d’heure d’équivalence soit 39h ici).

 

Autre sujet pour Emmanuel : la construction d’un nouvel établissement qui est stoppée actuellement et nécessite la reprise complète du planning par les entrepreneurs qui pourraient reprendre le chantier.

 

En ce qui concerne les financements, il fait face à la difficulté d’avoir des discours très différents tenus par des banquiers tantôt encourageants tantôt très exigeants dans un contexte difficile. Des prévisions sur plusieurs années sont demandées alors que le contexte est très incertain. Reconstruisant d’habitude leur trésorerie en avril, mai, juin la crise génère une perte de trésorerie qu’il est extrêmement dure à mesurer. Le message d’Emmanuel est que les entrepreneurs attendent des banques un engagement et de l’aide. 

 

Pour faire face, Emmanuel a réalisé ses prévisions de trésorerie et créé ses “worst cases scenario” pour ne pas avoir de mauvaises surprises : par exemple pas de CA jusqu’à mi-juillet. Cela permet de prendre les justes mesures. 

 

Jean : faire pivoter son business model et penser la reprise

Les situations sont très différentes en fonction des secteurs et entreprises mais ce que Jean recommande c’est de pivoter très rapidement et de s’adapter au plus vite.

Par exemple, un de ses clients a fermé son usine dès le début du confinement à cause d’un cas détecté dans son usine dans l’Oise. Le lendemain, il a trouvé des volontaires pour déplacer la logistique en Tunisie mais le confinement là-bas arrivant, il a fallu 2 semaines plus tard ouvrir à nouveau en France à 70% d’effectifs. Cela démontre la flexibilité dont il faut faire preuve.

 

Son 2ème conseil est de prendre soin des personnes : il faut s’appuyer sur la persévérance et sur le respect. Par exemple, concernant le gel des loyers, il faut voir qui est en face, un grand bailleur ou une retraitée bénéficiant d’une toute petite pension ? Il faut se méfier des conséquences en cascade.

 

Sur un autre plan, il faut comprendre que tout le monde fait au mieux en ce moment, la BPI par exemple doit faire face à 900 000 appels en une semaine pour 1500 personnes, la charge est énorme et le système financier est sous pression.

 

Pour pivoter dans son business model, il faut impliquer au maximum les gens notamment les employés qu’il faut mettre autour de la table car ce sont ceux qui connaissent le mieux l’entreprise, ses contraintes et ses clients. 

 

Impliquer également les clients peut être aussi très intéressant car ils connaissent leurs besoins et peuvent être source de proposition.

Ce qu’il faut faire pour aller dans ce sens c’est mettre à jour son CRM : contacter tous ses clients sans nécessairement avoir beaucoup de choses à leur dire mais juste pour comprendre leur situation et leur demander comment il serait possible de s’entraider.

 

L’entraide peut créer de belles choses : l’hôtellerie se met à disposition des soignants et propose de l’aide logistique et il y a encore beaucoup d’autres possibilités à identifier.

 

Il s’aligne avec Guillaume pour dire qu’en effet il faut penser à la reprise et ne pas profiter des aides sans en avoir besoin. Un exemple serait une entreprise qui pourrait lancer maintenant une activité de conseil et formation qui, si elle génère maintenant peu de chiffre, serait projetée pour grossir et permettrait de justifier des demandes de financement en octobre pour accélérer sa croissance. On prépare alors déjà l’après crise en diversifiant ses activités.

 

Jean nous partage ainsi son point de vue sur la sortie de crise. Il y a pour lui une similitude entre cette crise et les précédentes : le Covid est un déclencheur tout comme l’avaient été l’attentat du World Trade Center en 2001 et la faillite de Lehman brothers en 2008. Même si cette crise est beaucoup plus forte et complètement mondiale. 

 

Lors des attentats de 2001, cela faisait 6 mois que Jean constatait une crise de l’offre dans l’automobile par exemple. Pour la crise de Lehman Bothers, cela faisait un an et demi qu’il y avait une crise de confiance mondiale ainsi que des difficultés structurelles. Pour la crise actuelle, cela fait 2 ans jour pour jour que les chiffres de l’INSEE montrent que le moral des entrepreneurs français est en chute : on a atteint le niveau de 2012 qui correspond au creux de la vague de la crise précédente.

 

En ce qui concerne les reprises, en 2001, elle s’est faite en V avec une chute et un fort rebond. En 2007 le schéma était en W avec 2009 puis 2012… Reste donc à savoir ce qu’il va se passer cette fois mais il vaut mieux se préparer à un W pour être en mesure de faire face à une crise qui pourrait revenir. 

 

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